« Mon état de santé...une question délicate au travail...»  

Le service social, un atout pour l’entreprise.

Toute personne peut un jour ou l’autre, être concernée par des fragilités de santé et ce à n’importe quel moment de sa vie. Si les causes sont variées, les conséquences le sont tout autant, pour la personne et son environnement (famille, budget, travail...).

Toute difficulté de santé comporte une dimension médicale, professionnelle et sociale plus ou moins prégnante.

 

Focus sur les fragilités de santé et le monde de l'entreprise ...

 

 

Passagères ou chroniques, physiques ou psychiques, nos fragilités de santé sont polymorphes et peuvent provenir de multiples origines : 

 

  • professionnelles : conditions de travail, perte de sens au travail, maladie d’origine professionnelle, difficultés à concilier vie privée et professionnelle…
  • personnelles : survenue d’une pathologie (cancer, maladies cardio-vasculaires, dépression…), difficultés financières, problèmes familiaux (séparation, aidant familiaux) …

 

La liste des origines est longue tout comme celle des conséquences possibles : arrêt de travail, perte de salaire, restriction voire inaptitude au poste de travail, conséquences psychologiques, isolement, jugement de la part des collègues, séparation …

Ces conséquences sont parfois susceptibles de fragiliser davantage la situation des personnes et d’impacter négativement leur santé.

L’incertitude générée par les problèmes de santé peut être source d’insécurité pour l’avenir professionnel et personnel du salarié. Nous savons tous, en effet, que l’être humain n’étant pas un robot, les sphères privées et vie professionnelles sont étroitement imbriquées.

 

 

Ne vous êtes-vous jamais senti moins productif ou moins concentré au travail en raison d’une difficulté personnelle ?

 

Si le salarié est le premier concerné par les conséquences, l’employeur l’est également.

Tout problème de santé d’un collaborateur, avec ou sans arrêt maladie, impacte nécessairement le bon fonctionnement de l’entreprise et donc son économie.

Le salarié est par exemple, susceptible d’être moins productif ou doit être remplacé par les collègues, l’employeur peut aussi avoir besoin de recourir à des embauches temporaires qui nécessitent du temps pour former le personnel ...

 

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Comment prévenir les fragilités de santé de ses salariés ? 

 

Les employeurs et le service des Ressources Humaines des entreprises ont un rôle majeur à jouer dans la prévention et l’accompagnement des fragilités de santé des salariés. Mais la tâche n’est pas si simple.

 

50% des dirigeants déclarent craindre d’être trop intrusifs dans la vie de leurs salariés (Source Malakoff Méderic - juin 2018).

 

Quant à ces derniers, ils n’osent pas parler des leurs difficultés par peur d’être jugés, de ne pas pouvoir bénéficier d’évolution de carrière ou d’être licencié. Certaines personnes, par peur de perdre leur travail, taisent leurs difficultés au risque parfois d’exposer leur santé, parfois même indirectement celle des collègues et la responsabilité de l’entreprise.

Cette préoccupation de la gestion des difficultés de santé est grandissante dans les entreprises mais la mise en place d’intervention reste parfois timorée et les possibilités demeurent souvent méconnues.

Les salariés estiment ainsi souvent être mal informés sur les actions possibles. Quant aux dirigeants ou au service des ressources humaines, leur position est particulièrement délicate. Comment aborder des possibilités sans rentrer dans la sphère intime des personnes tout en conciliant le respect de la vie privée et le droit du travail ? D’autant que le rôle social de l’entreprise dans l’accompagnement des fragilités de santé est un atout majeur pour l’avenir. 

Les dirigeants ou le service des ressources humaines ne peuvent pas tout assumer. S’ils peuvent compter sur les services de santé au travail, ces derniers ont également un cadre d’intervention à respecter et par conséquent des limites.

Mais toute problématique comporte un ensemble de paramètres qu’il est impératif de considérer. Un problème médical comporte ainsi une dimension sociale plus ou moins prégnante, bien souvent peu voire pas considérée.

Le service social inter-entreprises constitue alors une ressource pour les salariés et l’entreprise.

 

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Le service social, un appui dans l’accompagnement des salariés :

 

Le service social d’entreprise joue un rôle primordial dans l’accompagnement des salariés en situation de fragilités sanitaires. Les assistants de service social sont en effet la seule ressource en entreprise à pouvoir intervenir sur la vie privée et professionnelle des salariés et ceci avec une approche globale (santé, travail, famille, économie, social, culture, logement). 

De par leurs compétences, les assistants de service social apportent des leviers d’action à travers une démarche préventive et curative : identification des risques, accès aux droits, aménagements de poste…

 

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Interview de Patrcia VENTURIN - Responsable des Ressources Humaines au centre de recherche Inria Nancy Grand Est

 

 

Pouvez-vous vous présenter ? Quelle est votre expérience, votre lien avec l'assistante sociale ?

 

“Je suis Patricia Venturin, en poste depuis 16 ans au centre de recherche Inria Nancy Grand Est, établissement public en recherche informatique. Nous y accueillons des scientifiques français et du monde entier (chercheurs, enseignants-chercheurs, doctorants, post-doctorants, stagiaires etc.) qui rejoignent nos équipes de recherche pour lesquelles des services supports (finances, services généraux, valorisation etc.) assurent un service de proximité dans leur champ d'expertise.

C'est un contexte professionnel très stimulant et multiculturel, avec beaucoup de challenges RH à relever. Je suis très engagée dans mes échanges avec l'assistante sociale, fonction avec laquelle le travail collaboratif est indispensable en lien avec le médecin du travail pour tout ce qui touche aux problèmes de santé qui peuvent avoir des impacts majeurs dans tous les domaines de la vie du salarié. 

Ma vision de la collaboration est celle d'un co-équipage où chacun a le même cap mais tient son rôle et où la synergie des expertises, le partage d'informations et la confidentialité sont de mise. J'ai mené à bien de nombreuses situations avec l'aide de ces 2 acteurs clés grâce à leurs contributions.”

 

 

Pour vous, comment les fragilités de santé des salariés se répercutent sur leur vie professionnelle et de l’entreprise ? 

 

“Le sujet de la santé concerne tout le monde à un moment donné de sa vie et la vie professionnelle en fait partie. Les fragilités de santé, qu’elles soient visibles ou non interagissent avec plus ou moins d'impacts sur la capacité d’exercer un métier et sur les liens sociaux. Les sphères personnelles et professionnelles sont intimement liées. On voudrait se rassurer en les dissociant, mais c'est une illusion dont il ne faut pas être dupe si on veut être en capacité de les concilier dans le monde du travail. La santé reste néanmoins une question compliquée, car elle relève avant tout de la sphère de la vie privée qui doit être respectée.

Mais dès lors que la santé a des conséquences sur la vie professionnelle, il faut se mettre en position de pouvoir - dans le respect de la personne et avec son accord - s'emparer de ce sujet pour en minimiser les conséquences, et ce, tant pour le salarié que pour le collectif de travail. C'est là où l'implication concertée entre fonction RH et management est déterminante pour intégrer cette donnée de santé, tout comme le travail interdisciplinaire RH, médecin du travail et assistante sociale en termes d'accompagnement à la recherche de solutions ponctuelles, transitoires ou pérennes. Nous parlons-là de fragilités de santé dont les causes sont en dehors du champ professionnel. 

S'il s'agit d'une fragilité de santé consécutive aux conditions de travail (comme cas extrême du burn-out professionnel par exemple), la donne est différente. En effet, cela renvoie à la responsabilité du management et donc de l'entreprise. La fonction ressources humaines, qui doit veiller à tous ces aspects, a de fait un rôle prépondérant et spécifique à jouer auprès des dirigeants et managers sur tous ces sujets. A ce titre, sa responsabilité est également engagée.”

 

 

Dans les représentations, les fragilités de santé peuvent être associées à la maladie. Les entreprises visent la performance et la productivité.

Est-ce que ce but est compatible avec la maladie/les fragilités de santé ? 

 

“Les maladies ne sont pas toutes invalidantes fort heureusement, mais provoquent le plus souvent, "une baisse de régime". C'est une réalité humaine à laquelle l'entreprise ne peut rien et à laquelle personne n'échappe quand la maladie le touche. La réalité de la vie passe la porte des entreprises, c'est ainsi. Là aussi, il s'agit d'un sujet compliqué car le rapport à la maladie est personnel et chaque personne le vit différemment dans son rapport au travail et dans le regard de l'autre. 

De plus en plus de salariés sont atteints de cancer par exemple, ou du moins en parlent plus facilement et souhaitent pouvoir être maintenus - si leur santé et traitements leur permettent- en activité. La fonction RH doit porter une attention particulière à ces demandes et mettre en place avec discernement et avec l'aide du médecin et de l'assistante sociale ainsi que du manager toutes les mesures dans le sens du maintien au travail. Celui-ci, notamment par le lien social qu'il permet, peut se révéler être un facteur positif en termes de moral pour affronter le dur combat de la lutte avec la maladie. 

Les troubles de la personnalité, qui engendrent parfois des problèmes de comportements souvent imprévisibles ou difficilement gérables, mais aussi des tensions en relation avec les autres, sont plus compliqués à gérer. En effet, force est de constater qu'ils renvoient à une vision des pathologies mentales qui continue à faire peur ou désarçonne légitimement le manager et/ou les collègues dans le monde du travail. Il faut alors veiller à ce que la maladie ne stigmatise pas de façon injuste l'intéressé mais aussi ne perturbe pas le collectif de travail.

Comme en toute chose, il y a un équilibre auquel il faut veiller et une sensibilisation à faire des parties prenantes pour un contexte relationnel et managérial intégrant cette dimension dans le cadre professionnel. Il y a un véritable enjeu à faire en sorte que le salarié ne se sente pas juger afin de pouvoir installer une relation de confiance pour gérer sa situation. La fonction RH doit être garante de cette condition et se faire aider et aider médecin, assistante sociale et manager ainsi que les équipes concernées dans ce sens.”

 

 

Le lien salarié-entreprise est important pour « combattre » ces fragilités ?

 

Oui, tout à fait.  C'est ce qui permet la mise en œuvre de mesures concrètes de maintien dans l'emploi comme les dispositifs de télétravail, mi-temps thérapeutique… Et puis si le salarié a été absent longtemps, le lien créé et maintenu permet de mieux gérer le retour. 

Et s’il y a une incapacité à reprendre son ancienne activité, cela permet de pouvoir anticiper un reclassement, une reconversion, ce qui maximise les chances de succès, et pour l'intéressée, et pour l'entreprise. 

 

 

Le service social d’entreprise apporte une expertise et des solutions possibles pour favoriser l’équilibre entre la vie privée et vie professionnelle avec pour bénéfice une plus value pour l’entreprise.

 

Article écrit par Marion Chassery, membre du cabinet CSC - 23/05/2019.

 

Merci à Patricia VENTURIN pour la qualité de nos échanges, son partage d'experience et son analyse. 

 

 

 

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